lundi 2 novembre 2009

batimat, botte secrète / didier saco


comme les oiseaux migrateurs qui, chaque saison, traversent le monde et s’arrêtent, à chaque fois, aux mêmes endroits, pour le plus grand bonheur de ceux qui les aiment, le designer a ses étapes
là où il se ressource, là où il trouve des idées et là où il confronte ses projets à ceux du reste du monde

milan pour le salon du meuble, londres pour 100% design et batimat sont les fondamentaux et même s’il nous faut attendre tous les 2 ans pour batimat, c’est batimat notre creuset majeur

leader mondial des salons de la construction, batimat accueille tous les professionnels internationaux / maîtres d’œuvre, maîtres d’ouvrage, entrepreneurs et distributeurs autour de 7 espaces : gros œuvre, menuiserie et fermeture, finition et décoration, materiel et outillage, gestion durable des bâtiments, informatique et services

c’est là où sont présentés tout à la fois les nouvelles matières et les nouveaux usages / textiles de béton, lumière souple, céramiques changeantes, bois gonflé
destiné tout à la fois à l’aménagement de commerces, de bureaux, de locaux commerciaux et de logements

comme au théâtre, unité de temps et unité de lieu, sont réunis pendant 5 jours à la fois tous ceux qui concoivent et fabriquent la matière, source de tout, ceux qui vont la transformer, les designers et les architectes, et ceux qui vont la transmettre, sous forme de robinets, de paravent en cuir translucide, de profilés linéaires lumineux ou d’habitat full wood, en ayant su réunir le talent, l’expérience et l’expertise des uns et des autres, sous toutes les latitudes

batimat porte de versailles du 02 au 07 11 09
- matério, hall 7/3 f 80
- apci / espace dédié à l’accessibilité, hall 7/2 allée e stand 9, avec la présence de plusieurs intervenants dans la semaine, dont frédéric strubi, designer, agence design office lundi 02 de 14h à 14h30, gisèle bessac, fondatrice de la maison ouverte jeudi de 12h30 à 13h
pour connaitre le détail et les horaires des interventions : apci 01 43 45 04 50

mardi 27 octobre 2009

sylvain dubuisson, trésor national vivant / didier saco


trésor national vivant : l’expression désigne au japon des individus reconnus de leur vivant comme porteurs des plus précieuses propriétés culturelles de la nation et désignés pour en être hérauts / transmettre leur talent et leur savoir-faire aux générations suivantes, ce sont autant la maitrise de la technique que la culture artistique qui sont ainsi distinguées et les trésors nationaux vivants, consacrés “détenteurs de biens culturels intangibles importants” vont, pendant des années, transmettre leur savoir et leurs techniques

l’espace mitsokushi à paris expose régulièrement des œuvres des trésors nationaux vivants et nous offre les expositions les plus vertigineuses qu’il est possible d’imaginer / caligraphie, peinture, travail sur la pierre, le bronze, le bois, la laque / les travaux exposés représentent autant des années de travail que la transmission de travaux et de savoirs d’autres trésors précédents qui ont, eux aussi et à leur tour, transmis leurs talents et leurs cultures

sylvain dubuisson est de cette case / il travaille le temps, l’espace et la matière

architecte, comme son père à qui l’on doit l’exceptionnel musée des arts et traditions populaires avenue du mahatma ganhi à paris, fermé pour d’incompréhensibles dédales administratives et designer, ce sont les matières, l’assemblage des pièces et les contraintes industrielles qui lui donnent l’espace pour donner vie à l’objet, à la circulation et à l’appropriation par chacun de son travail
alliant la passion de la technologie et la perfection de l’artisan, sylvain dubuisson crée du manifeste : de l’aiguière au lampadaire, du fauteuil de ministre au siège épiscopal, du stylo qui porte l’écriture de rimbaud à la vaisselle de porcelaine virginale, de la réhabilitation de logements sociaux à l’aménagement d’un musée et d’une exposition à la création de mobilier urbain

le travail de sylvain dubuisson ne se voit pas : il s’attend, il se lie à nous, il se récite, par les formes, par les matières et par les histoires / c’est le temps qui en est le moteur essentiel, autant celui de la création que celui du désir, de l’usage et de l’usure

l’occasion, pendant 34 petits jours seulement, de participer, en la découvrant, à une exposition monographique de sylvain dubuisson est exceptionnelle, tout comme ces photos de famille où l’on retrouve, sur les traits du petit-fils, de la mère, de la cousine lointaine et de l’aieul les mêmes traits, les mêmes poses et les mêmes goûts pour les chaussures en daim / la trace et la piste d’une histoire qui dépassent l’objet et la fonction et s’inscrivent dans l’intention de toute une vie

“même dans un contexte de contraintes, tout n’est pas dicté par une nécessité / c’est la faculté d’organiser dans l’espace les différents dispositifs plus ou moins fonctionnels qui procure un sentiment d’efficacité et redonne une perception fluide de l’espace et une notion de plaisir”

plat céladon / bernardaud 2007

espace mitsukoshi 3 rue de tilsit paris 8

table-ronde autour de sylvain dubuisson le 09 11 à 18h30 au via 33 avenue daumesnil paris 12 / entrée libre
dans le cadre de l’exposition monographique “ôte-toi de mon soleil”, au via jusqu’au 13 12 seulement

lundi 19 octobre 2009

automne au festival / didier saco


alain crombecque est parti lundi dernier, d’une crise cardiaque dans le métro parisien / chacun s’en souvient, alain crombecque dirigeait depuis 1993 le festival d’automne à paris, fondé par michel guy en 1972

38 ans de festival d’automne à paris, ce sont 38 saisons pendant lesquelles la création, sous toutes ses formes, qu’elle soit lue, chantée, dansée, murmurée, exposée, projetée est distribuée, transmise et passée à paris

le festival d’automne à paris est sans doute le meilleur exemple de ce que nos amis étrangers nous reprochent parfois / cette compétence à ne pas être expert en un seul territoire, ce refus à être spécialiste, cette capacité au transversal et cette idée que la force, l’énergie, l’envie et l’intuition ne seront jamais casées

le festival d’automne à paris, ce sont autant d’installations dans des lieux inopinés, autant de paroles données à des artistes du monde entier, autant de scénographies, d’expositions, d’histoires, de paroles, d’images à chaque fois créées

chaque spectacle du festival d’automne à paris est création / quel qu’en soit l’auteur, le lieu, le thême, le fil rouge du festival d’automne à paris est de présenter ce qui n’existait pas encore

bill viola à saint eustache, mario merz à la salpétrière, jean luc lagarce au théâtre de la bastille, bob wilson aux variétés, le retour du désert avec jacqueline maillan et mis en scène par patrice chéreau, madeleine renaud au théâtre du rond-point, iannis xenakis au centre pompidou, bruno ganz à la maison de la culture de nanterre et, à chaque fois, à chaque installation : une surprise, une leçon, une idée / une lumière, une scénographie, une alliance de matières, de bruits, de sons, de couleurs, un écho, une connection, une connivence et un rebond vers une nouvelle direction

cette année, ugo rondinone a conçu 12 masques, exposés actuellement aux tuileries et qui pourraient être des visages de spectateurs : rires, étonnement, trouble, rage, ennui parfois, stupéfaction : chacun s’y reconnaitra dans l’un, dans l’autre et sans doute dans tous

tout comme l’abonnement au centre pompidou devrait être obligatoire pour chaque parisien, tant la chance est grande pour ceux qui peuvent y accéder de pouvoir le faire et de le soutenir, l’accompagnement systématique du festival d’automne à paris par chacun de nous devrait faire partie des enseignements à tous ceux qui travaillent autour de la création, tant le festival d’automne à paris est source vive


les 2 fondamentaux du designer sont la curiosité et la certitude qu’il ne peut rien faire tout seul / c’est ce qui nous différencie de l’artiste, qui travaille son œuvre et trouve au fond de lui la matrice de sa création

nos fonctions, ce sont les circulations, les us qui muent, les modes de vie qui évoluent, les besoins qui se transforment et parfois disparaissent, et nos aptitudes à les déceler, les analyser et imaginer leurs développements et leurs possibles

pour y arriver, nous frayons, avec les gestes, les matières, les couleurs, les espaces, les désirs, les impulsions et les intuitions

les rencontres, les congrès, les débats professionnels sont des lieux d’échanges essentiels pour nos formations permanentes
les espaces free, comme le festival d’automne à paris, où la création est libre, tout à la fois air du temps, porteuse de ce qui a été et source de ce qui pourra être le sont tout autant, sinon davantage /
ils laissent à chacun, comme les figures d’ugo rondinone, la liberté de passer outre, de s’ennuyer ou de rebondir, de lier, d’associer les idées et de poursuivre

festival d’automne à paris / info@festival-automne.com / source vive permanente

lundi 28 septembre 2009

travailler sur l’innovation / didier saco


monique vervaeke vient de publier, avec christophe midler et guy minguet, un ouvrage qui pointe les avancées récentes en matière de stratégie et de pilotage de l’innovation

destiné aux designers, aux ingénieurs, aux chercheurs et aux dirigeants de marques, il croise 3 niveaux d’analyse : les possibles des stratégies industrielles, les conditions, réelles et idéales, de l’organisation de la conception et la dynamique des identités professionnelles des acteurs qui interviennent dans les processus innovants, en étayant ses argumentaires dans les secteurs de l’automobile, de la haute technologie, des laboratoires pharmaceutiques, de l’aéronautique, de la grande distribution et des biens d’équipement

monique vervaeke est sociologue et a déjà publié en 2003 “le design et les immatérialités de l’entreprise” / son centre d’intérêt majeur et récurrent est la mise en avant des réseaux qui lient les entreprises à l’innovation et aux travaux qu’elles mènent en matière de recherche, de management, de pilotage et de développement du design

l’innovation n’est ni la recherche de la poursuite de ce qui a été, ni liée à des résultats uniquement économiques mais la création de nouveaux us, liés autant à la nécessité qu’au désir universel du mieux

à l’heure où les grandes surfaces se désertifient, où les packagings ne relèvent plus que du promotionnel, où les entreprises voient leurs parts de marché se réduire et les salariés leurs perpectives d’augmenter leur pouvoir d’achat tout autant, l’innovation est bien évidemment ce qui saura permettre aux marques, et à tous les acteurs économiques qui travaillent pour elles de conserver d’abord, puis d’acquérir de nouvelles parts de marché

disparition des dogmes et des modèles, effacement des concepts de pérennité, circulation maximale des flux, renouvellement rapide des produits, développement des formes organiques : le simple a pris le pas sur l’élaboré / simple d’accès, simple de préhension, simple de passage et simple d’abandon

le simple et le quick / travailler sur l’innovation en matière de design, c’est avant tout la réflexion sur la circulation / comment simplifier tous les accès : accès aux informations sur sites, accès aux produits sur linéaires, accès aux mentions obligatoires sur packs et accès au bien-être au quotidien / rapide tout autant : notre capacité à l’attention s’aménuise, dispersée par la multiplicité des offres et le territoire de l’innovation est tout autant celui du temps

travailler sur l’innovation, c’est en même temps réfléchir, entreprendre, accompagner et articuler les futurs modes de vie, collaborer à la construction sociale des goûts et apporter à l’industrie les dimensions sensorielles et émotives de la culture


working on innovation, edited by christophe midler, guy minguet and monique vervaecke
routledge studies in innovation, organization and technology
110 $ / isbn 978-0.415-49844.9