si l’on en croit celles et ceux qui se soucient, comme chacune et chacun d’entre nous, du développement durable et travaillent la couleur, l’usage de toute couleur est devenu, peu ou prou, péril
qu’elle soit naturelle / minérale, végétale ou animale / ou chimique, l’obtention de la couleur a un impact / funeste / sur l’environnement
le premier péril est le prélèvement / le rouge du saphir, le bleu du lapis, l’orange de la terre, le rose du granit, le noir de la seiche, le vert de la chlorophylle
/ prélèvement qui signifie impact plus ou moins lourd sur l’environnement, selon que la matière soit renouvelable ou pas et selon le mode de reproduction, si l’on considère l’animal comme renouvelable et selon les conditions dans lesquelles les végétaux ont poussé, avec ou sans pesticide
le second péril vient de la transformation de la couleur, pour pouvoir être vernis, collable, anti-feu, anti-champignon, anti-transpirant, anti-humidité, qui requiert de l’énergie, de l’eau et a souvent, à cette étape, des impacts funestes sur celles et ceux qui y travaillent et sur l’environnement / rejets de couleurs dans la nature
ensuite, la couleur est transportée et installée / sur le meuble, la façade d’un pont , le packaging ou le textile / et l’énergie nécessaire / le transport, la pose / est alors quantifiée et source d’impact négatif
enfin, la fin de vie de la couleur peut s’avérer tout aussi périlleuse pour l’environnement en cas d’inséparabilité des éléments qui la composent, tels les traitements de surface et qui nécessiteront des incinérations qui engendrent des pollutions dans l’air
nous sommes, depuis vingt ans, avertis des problèmes écologiques et nous travaillons, depuis is 15 ans, sur des alternatives
les alternatives, en couleur, ce sont les 22 colorants azoïques cancérigènes qui ont été retirés en europe, ce sont les choix de couleurs sans vernis, ce sont les étoffes non blanchies, ce sont les temps de séchage non accélérés
et même si philippe starck, héraut, pressent une courbe de cure, après ce qu’il ressent comme la courbe de destruction actuelle et, pour y arriver, de faire une pause, avec un temps de décroissance obligatoire, en oubliant l’avidité et en recréant l’utopie, nous devons concevoir et produire
et nous avons besoin de la couleur
beaucoup de nos projets ont voulu, en appropriant la forme comme élément premier, apporter une réponse multiple à la multiplicité de ses usagers, réels ou espérés
que disent les formes organiques actuelles de nos bâtiments, de nos papiers peints, de nos bijoux, de nos vaisselles, sinon l’idée que le pluriel prend le pas sur l’individuel et que chacune et chacun pourra se retrouver dans un espace, un décor, une ambiance “organique”, adaptable à ses idées, ses histoires et ses impulses, évolutives
c’est une tendance passionnante qui correspond à la mixité des âges, des cultures et des savoirs et à la facilité de transports des idées et des êtres, mais insuffisante si elle s’arrête à la seule forme
la couleur est indispensable, au-dela de la forme, à la signifiance / signifiance de la fonction et de l’intention
la couleur, c’est vrai, peut évoquer des étapes scolaires / le cercle chromatique de johannes itten /, des contraintes techniques / les primaires qui ne se mélangent pas, les secondaires et les tertiaires / et des carcans / le noir n’est ni deuil, ni prestige, le bleu est mainstream et le blanc est une non-couleur
la couleur peut aussi s’avérer simplissiante / la pureté du blanc, la fraicheur du vert, l’acidité du jaune et la chaleur du rouge
et dans des projets dont nous avons besoin de convaincre de la pertinence et du sens, l’usage de la couleur peut s’avérer, à tort bien sûr, juste décorante et détournant de l’essentiel : la fonction
c’est sans doute pourquoi nombre de chantiers, nombre de projets d’étudiants écartent la couleur pour se cantonner à la forme / certains y verront la traduction d’une atonie et d’autres l’absence de culture de la couleur, en croyant que sa connaissance est innée et universelle
les voyages, le temps et les rencontres nous apprennent le contraire / et il nous appartient de réinstaller la couleur, la profondeur, la douceur, la lumière, l’opacité, la matitude, l’émotion dans la ville, sur les bâtiments, dans nos maisons, dans nos actions et dans nos projets
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béatrice gisclard et raphaêle héliot / le développement durable et la couleur
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