mercredi 17 avril 2013

design / milan, la sélection naturelle / didier saco

La sélection naturelle, c’est l’adaptation du marché du design à la récession économique européenne

La sélection naturelle, ce sont moins de marques présentes cette année au salon international du meuble à Milan / 2/3 de moins à Euroluce / et ce sont aussi moins de produits lancés

La sélection naturelle, ce sont aussi des projets et des produits destinés à durer plus longtemps, avec plusieurs usages et plusieurs usagers

Ce sont moins de designs éphémères, moins de sur-matières et moins de sur-couleurs

Ce sont des matériaux retenus faciles à travailler et plus écologiques à produire / le bois, le textile / plutôt que le métal et le verre qui demandent beaucoup plus d’outillage et d’énergie pour la production

Ce sont des structures publiques qui, pour monter des expositions génériques sur le design, réservent une partie de leurs espaces à la location pour des marques commerciales qui y exposent leur design, leurs recherches et leurs produits, leur permettant ainsi d’atteindre leur équilibre financier


Ce sont des scénographies économes en surface et généreuses en contenu

Ce sont aussi des déplacements d’inspiration / le web est un support et non une source / et le savoir-faire est une source et non juste une production

Ce sont aussi de nouveaux visiteurs / des parents d’élèves en design qui accompagnent leurs enfants et découvrent, grâce à eux, le design, et des amoureux de l’Italie qui décident de venir à Milan pendant le salon du meuble pour y découvrir en même temps le design

Ce sont de nouvelles attitudes de designers qui, loin de la morgue des tenancières de stands aux puces qui passent leurs journées à feuilleter d’un doigt las Madame Figaro et vous fustigent du regard quand vous posez une question ou prenez une photo, animent leur espace en montant, en démontant leurs produits et en vous démontrant leur projet

Ce sont aussi des gestes de survie et de solidarité, comme la Fondation Achille Castiglioni qui n’a pas su prévoir la flambée des loyers et qui, pour maintenir still alive l’atelier du designer, se doit d’accueillir des visiteurs qui arrivent en flots, se recueillent devant les merveilleux prototypes et croisent, dévots, Madame Castiglioni et sa fille devenue, par la force des choses, conférencière


Le design rencontre aujourd’hui ce que François Furet a décrit dans ses études sur la Révolution Française et lui a valu, avant d’être nommé académicien, la vindicte de ses collègues

Pour François Furet, la Révolution française est tout le contraire de la révolte des masses populaires / c’est pour lui un mouvement pacifiste d’une modernisation sociale mené dès 1787 et déclenché par les Encyclopédistes, “la révolution des élites” mais qui s’est trouvé confronté, en 1793, à la Terreur qui a vu alors le pouvoir confisqué violemment par les forces populaires

La récession économique a changé le flux du design, et ce qui relevait de l’industriel , de l’histoire du design et de l’entre-soi est devenu du quotidien et de l’usage, pour le confort du plus grand nombre dans le monde entier

La récession économique, la réflexion sur les espaces de vie réduits, les transports plus longs, l’économie nécessaire sur tous les outils et le besoin croissant de services disent, par obligation, le besoin de design généreux qui anticipe et privilégie l’usage, longtemps et pour toutes et pour tous


La sélection naturelle, c’est ce que dit le design à Milan / Ferrari, Baccarat et Bouroullec en cloîtres enchantent, et toutes les écoles, tous les designers exposés et tous les éditeurs disent, chacun avec ses mots, ses formes, ses produits, ses projets, ses affiches, ses flyers, ses blogs, ses news et ses stands : designers at work! / at work today / fresh from the box / making statements / words, works and collaboration


Triennale design museum / exposition le syndrome de l’influence / espace Alessi

Fondazione Achille Castiglioni / piazza Castello 27 Milan 39 02 8053606 / www.fondazioneachillecastiglioni.it

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